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« La qualité des métadonnées sur les plateformes musicales n’est pas satisfaisante » Jean-Luc Biaulet – Music Story

Nous nous sommes entretenus avec Jean-Luc Biaulet, Directeur de Music Story, une entreprise de traitement et de collecte des métadonnées* musicales, qui, après avoir lancé son API (ndlr : Application Programming Interface) Music Story Pro en juin dernier, vient de l’ouvrir aux développeurs d’applications.

Pouvez vous nous présenter Music Story ?

Music Story est une société spécialisée dans le traitement des métadonnées de la musique.
Notre activité est basée sur l’agrégation des métadonnées : catalogues des producteurs, concerts, liens vers les plateformes de téléchargement et beaucoup d’autres encore. C’est un processus très qualifié où les rapprochements sont effectués par des algorithmes spécifiques, puis ajustés si nécessaire par une équipe dédiée. Ici pas d’ingestion systématique : la détection des doublons est permanente et la qualité de données une véritable obsession.

Notre équipe éditoriale produit des notes biographiques, news et chroniques en français, mais surtout sélectionne les artistes et albums à traiter en priorité compte tenu de l’actualité. Leur expertise musicale permet d’enrichir les métadonnées de classifications en genre et de recommandations (artistes voisins, titres recommandés, etc.).

Enfin nous développons des services techniques de livraison des métadonnées. En particulier autour de notre API, Music Story Pro, qui permet d’associer des métadonnées dans tous les contextes de développement (plate-forme digitale, radio musicale, etc.) et quelques soit le support (tablette, web, etc.).

Nos revenus sont donc générés par les abonnements de nos clients (plateformes digitales ou médias) à ces services.

Où vous situez-vous dans l’écosystème entre les producteurs et les diffuseurs de musique ?

Notre business model ne dépend définitivement pas de points de marges pris sur la vente de musique. Nous sommes un tiers technique d’amélioration de l’offre, donc au final des rétributions. Tous les acteurs de la chaîne font appel à nos services dès qu’il ont besoin de corriger ou d’enrichir leurs métadonnées.

Dans le contexte du numérique, la demande d’une présentation des contenus claire, riche et surtout exhaustive fait exploser la main d’œuvre et les traitements de données nécessaires.
Une solution « industrielle » comme la nôtre revient au final moins cher pour donner accès à ce qui est de plus en plus considéré comme un dû par le consommateur. Elle permet à chacun de revenir à ses vrais points de différenciation, comme le développement des artistes ou de l’audience.

Le consommateur peut-il être satisfait aujourd’hui de la qualité des métadonnées sur les plateformes de diffusion majeures ?

Très clairement : non. Comment pourrait-il l’être quand on voit la difficulté à trouver sur les plate-formes les plus sérieuses un artiste ou une discographie exhaustive ?
On navigue parmi des quantités de doublons, de noms et de titres mal orthographiés. Et je ne parle pas des date de sortie fausses liées aux rééditions numérique, ou du fait qu’on ne sache pas distinguer un album original d’une compilation. Ceci est dommageable à un autre niveau : avec un tel matériau il n’est pas facile pour les équipes des plateformes d’aller poser, par exemple, la bonne photo sur le bon artiste, ou d’agréger correctement des données de diffusion.

Cela n’est pas forcément visible sur l’actualité ou les opérations de marques (ou même des pans de catalogue entier pour les meilleurs, comme Qobuz par exemple) mais derrière cela il y a un travail lourd, limité voire ponctuel. Et quand on creuse un peu le manque de qualité apparait très vite. L’optimisation de ces coûts est bien une réelle condition à l’amélioration de l’offre.

Après avoir lancé votre API Music Story Pro en juin dernier vous avez décidé d’ouvrir aux développeurs l’accès à votre base de métadonnées. Quel était l’intérêt pour vous et pour les développeurs d’application ?

Je crois qu’il a beaucoup à apprendre de la culture Open Source. Le Hacker n’est pas forcément un ennemi, il peut être un partenaire. Mettre à disposition une partie de ses données gratuitement via une API donne la possibilité aux développeurs, partenaires et clients d’être créatifs, d’interagir librement avec  elles : c’est un gisement d’idées énorme. Quand vous travaillez de cette façon vous détectez bien plus vite les évolutions pertinentes à apporter à votre service.

Que pensez-vous des préconisations suggérant sur la création de registres ouverts de métadonnées ?

Il me semble normal que les métadonnées d’identification des œuvres et enregistrement soient gérées à terme dans un répertoire ouvert. Des projets comme la GRD (ndlr : Global Repertoire Database projet européen visant à créer une base de données des métadonnées musicales) vont dans ce sens et c’est une bonne chose. On pourrait par contre craindre une application trop rapide de ces préconisations : les métadonnées sont un champs d’investigation et d’innovation très important pour de nouvelles valeurs ajoutées dans l’offre de musique de demain. Ce terrain est plutôt investit par de petites start-up, parfois avec l’appui de différents acteurs de la filière d’ailleurs. Il faut les associer à ce type d’initiative et construire avec elles, afin que cela ne soit pas un frein mais un accélérateur.

Comment voyez vous le marché de la musique en ligne à moyen et long terme ?

Pour moi l’avenir reste positif, en tous cas à long terme. Même si on connait en ce moment pour la première fois quelques reculs du numérique (ndlr : selon les derniers résultats du marché de la musique enregistré du SNEP), le marché continue sa mutation. Ce qui rend optimiste c’est que la moyenne des pratiques d’écoute de musique n’a pas encore vraiment basculé : il y faudra justement satisfaire d’autres demandes en qualité et en éditorial pour que certaines générations y viennent définitivement. Et puis on a encore rien vraiment vu du coté des nouveaux supports connecté (TV et surtout autoradio…).

Je crois aussi qu’on regarde les chiffres de marchés un peu trop sous le prisme des anciens modèles. La recherche de compensation de la perte du physique par le numérique fait que le potentiel d’évolution et de croissance des services est un peu sous-estimée. Cela va vite : regardez par exemple comment le streaming a débarqué dans le paysage ces dernières années.

Sur quels projets travaillez vous en ce moment ?

Pour l’instant nous publions un certain nombre de librairies qui faciliteront l’intégration de notre API dans des environnements comme Androïd. Nous venons d’ailleurs développer un use-case d’habillage dynamique de flux de radio qui utilise une première librairie de développement web.

Sur le fond nous travaillons à l’optimisation de nos agrégation pour être en mesure d’intégrer de nouvelles sources de données. Avec une priorité sur les contenus qui nous permettrons d’être rapidement pertinents au-delà du seul domaine francophone.

*DONNÉE INTÉGRÉE AU FICHIER SERVANT À DÉFINIR OU DÉCRIRE UNE AUTRE DONNÉE : AUTEURS, TITRE DE L’ŒUVRE, TITULAIRE DU DROIT ATTACHÉ À L’ŒUVRE ETC.

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